Correspondance : Marquise de Sévigné à Madame de Grignan


Lettre de Madame de Sévigné à Madame de Grignan : « Je suis encore ...


Je vous écrivis vendredi qu’il (Vatel) s’était poignardé ; voici l’affaire en détail.

Le Roi arriva jeudi au soir. La chasse, les lanternes, le clair de la lune, la promenade, la collation dans un lieu tapissé de jonquilles tout cela fut à souhait. On soupa. Il y eut quelques tables où le rôti manqua, à cause de plusieurs dîners où l’on ne s’était point attendu. Cela saisit Vatel. Il dit plusieurs fois :

« Je suis perdu d’honneur ; voici un affront que je ne supporterai pas. » Il dit à Gourville : « La tête me tourne, il  a douze nuits que je n’ai dormi. »

Lettre du dimanche 26 avril 1671


Les nouvelles terribles de la cour que vous me contez me comblent d’aise

Mme de Grignan



Ce message, comme tous ceux composant la riche correspondance de Mme de Sévigné, est un instructif témoignage historique. Elle raconte ici les trois jours de fêtes donnés par le prince de Condé pour Louis XIV, dans son château de Chantilly, qui se sont soldés par le suicide du sieur Vatel, intendant et maître d’hôtel.

Déjà contrarié par le dîner de la veille au cours duquel il manquait de la viande, le cuisinier est saisi de désespoir devant le peu de poissons apportés par la marée. De retour du port, « Vatel monte à sa chambre, met son épée contre la porte, et se la passe au travers du cœur », poursuit la marquise dans la lettre qu’elle adresse à sa fille, Françoise Marguerite de Grignan, dont elle est séparée depuis le départ de celle-ci en Provence, le 4 Février 1671. Leur relation épistolaire débute deux jours plus tard et durera un quart de siècle.

764 lettres ont ainsi été recensées, rien que pour elle. Le public en découvre quelques lignes, en 1696 (l’année même de la mort de l’épistolière). Plus tard, sa petite-fille Pauline de Simiane confie cette correspondance à un éditeur après l’avoir censurée de tout ce qui aurait pu entacher, selon elle, l’image de sa parente. Elle conserve, néanmoins, leurs savoureuses observations sur la vie et les mœurs de l’époque, entre la chute de Fouquet et l’exécution de la Brinvilliers lors de l’affaire des Poisons, les colères de Louis XIV et les petites tromperies à la cour, les opéras à la mode et les toilettes de ces dames


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